top of page

Newsletter #2

Edition Septembre 2025

livre ouvert

Vie de LI France

Annuaire International LI-ICV et Google Group

Comment vous inscrire sur l'Annuaire International et le Google Group de LI France qui remplace le forum 

Suite à l’Assemblée Générale de LI France qui s’est tenue le 22 mars 2025, nous sommes heureux de vous communiquer ici les grandes nouveautés pour LI France :

​

Comme communiqué précédemment l'ancien annuaire des membres de l’AFICV n’est pas reconduit. Nous allons capitaliser désormais sur l’annuaire International LI Monde. Cet annuaire est ouvert à tous les thérapeutes formés niveau 2 en LI-ICV. Votre inscription est gratuite. Il suffit de demander l’accès ici. Une fois que vous aurez vos identifiants et mot de passe, vous aurez alors accès à votre espace personnel qui vous permettra de vous présenter et de vous positionner sur la carte du monde. Attention, cette fiche personnelle est active pendant un an puis elle disparait si elle n’est pas mise à jour (une simple connexion à votre espace suffit, pas besoin de la modifier). Plus cet annuaire est riche de thérapeutes, plus cela est facile pour nos clients de trouver quelqu’un. Et plus la communauté s’en trouve renforcée. 

Si vous avez perdu vos identifiants, n'hésitez pas à contacter le webmaster de LI Monde à l'adresse suivante : tim@lifespanintegration.com

 

Autre nouveauté : le site Internet li-france.com évolue dans son graphisme mais aussi au niveau technique. LI France est très heureuse maintenant d’être en charge de son propre site Internet et ne dépend plus de prestataire pour sa mise à jour. Cela nous permet ainsi d’être plus réactifs dans le fil de nos actualités mais aussi sur la page des superviseurs. Enfin, vous aurez peut-être observé que le forum n’est plus présent dans ce nouveau site. Nous avons en effet constaté que son utilisation n’était plus fonctionnelle et adaptée aux besoins de la communauté. Pour favoriser les échanges entre thérapeutes, nous avons mis en place un Google Group (LI France) ouvert à tous les adhérents ; en pratique cela signifie que les membres de LI France qui ont accepté de rejoindre ce Google group peuvent envoyer librement leurs messages sur la liste de discussion et répondre, ce qui n’est pas le cas sur la liste de diffusion ICV France, qui est un groupe fermé, ouvert à tous les thérapeutes. Si certains d’entre vous ne sont sur aucun de ces 2 groupes, ne reçoivent aucune de nos communications et souhaiteraient en faire partie, envoyez nous un message à contact@li-france.com.

​

​

Laurence Lassau-Caussanel 

Partage entre thérapeutes

Intelligence Artificielle et Intelligence Relationnelle

Trois formatrices en LI-ICV (Catherine Clément, Eléonore Lepez et Laure Mann) nous partagent les spécificités de la posture du thérapeute LI-ICV. L'IA peut-elle devenir ou non le prochain thérapeute LI-ICV ? 

Formes vitreuses abstraites

Dans un contexte de très forte de demande de soins en santé mentale, fleurissent des propositions alléchantes de prise en charge par des IA génératives et/ou des applications, à destination des professionnels de santé, avec des boites à outils « prêtes à l’emploi » en vue d’optimiser les consultations. La psychothérapie est alors vue comme l’utilisation de

« techniques » qu’il suffirait d’appliquer, pour adresser les problématiques de santé mentale.

La ligne du Temps, outil de base en LI-ICV, constituée en grande partie de la liste chronologique des souvenirs d’une personne depuis ses 1ers souvenirs explicites, pourrait ainsi être considérée comme l’un de ces « outils » facilement accessible, par des personnes non formées et/ou utilisable par une IA, pour proposer une prise en charge thérapeutique à un patient.

​

Il nous a paru intéressant de mobiliser notre esprit critique de thérapeutes, pour évaluer différents aspects de ces proposition émergentes, avant d’éventuellement formuler une opinion à leur sujet et circonscrire notre posture de thérapeute LI-ICV . Nous avons sollicité, pour ce faire, les formatrices LI-ICV, au regard de leur longue pratique de cette thérapie et de l’analyse qu’elles en font, au service notamment, de l’évolution permanente des modules de formations.

Nous remercions sincèrement Catherine Clément, Eléonore Lepez et Laure Mann, d’avoir accepté de nous accorder un peu de leur temps pour répondre à nos interrogations.

​

D’abord développée comme une psychothérapie du trauma, la LI-ICV a pour objet l’intégration neuronale des souvenirs traumatiques, notamment la partie émotionnelle, qui du fait de son intensité, a perturbé l’encodage mnésique naturel.

La ligne du temps (LT) est l’un des éléments du trépied de la thérapie LI-ICV, associée à la répétition de tout ou partie des souvenirs qu’elle comporte et à l’accordage thérapeute/client.

 

 

 

 

 

​

 

 

 

 

LI FRANCE : Aussi, notre première question est la suivante : la seule lecture répétitive des souvenirs, sur la base de la Ligne du temps (LT) du client, par une IA ou par le client lui-même, pourrait-elle suffire à permettre une intégration des souvenirs traumatiques ?

 

LAURE

Pour certains clients, cela a été une question : la possibilité de se lire tout seul leur LT!  Ce n'est pas nouveau, cette question d'une LT qui serait enregistrée et qui serait utilisée par quelqu'un (le client et/ou une IA) entre les séances, voire sans l’accompagnement d’aucun thérapeute !

​

On peut imaginer que les personnes qui ne peuvent pas demander d'aide, qui ont un système d’attachement désorganisé ou très insécure, les personnes très traumatisées, pourraient préférer faire confiance à une machine plutôt qu’à un autre être humain. La démarche pourrait leur sembler plus accessible, plus facile effectivement. Est-ce que ça marcherait ? Ce qui est sûr, c’est que l’évitement de la relation avec un autre être humain serait maintenue et pour le client sa capacité à être en relation ne serait pas travaillée. Ce qui soigne, c’est le fait de réguler nos patients pendant les lectures de la LT grâce notamment à l’accueil inconditionnel proposé par le thérapeute.

​

Le trauma complexe possède une dimension interpersonnelle. La thérapie réactive d’une certaine manière, le trauma, les représentations, les modèles internes opérants[1] qui sont liés à la relation. La « réparation » passe par un autre humain.

Pour ma pratique, je ne pense pas que l’IA va impacter le travail que je fais ! Mais restons humble, cela permettra surement autre chose, peut-être du côté des personnes hypra traumatisées, qui ne peuvent pas pousser la porte d’un cabinet de psy, qui sait ? c’est ce que nous allons découvrir ces prochaines années !

 

 

ELEONORE

On a le droit de se servir de la LT comme d’un outil, en utilisant uniquement certains protocoles comme le TSPT (Trouble de stress Post Traumatique) ou le PR (Protocole de la Relation), en traitement « one shot » ! On ne peut pas imposer une façon unique d’utiliser LI-ICV, même si, dans cette façon de l’utiliser, on se prive d’un certain nombre de choses.

Au travers de la formation, nous transmettons nos observations cliniques, à savoir que dans la thérapie LI-ICV,  il y a une part qui ne se contrôle pas ! Cette notion est importante, sinon en effet, il suffit d’utiliser ChatGPT .

​

Nous proposons ainsi aux participants de l’expérimenter, d’éprouver dans les 3 practicums notamment, en tant que thérapeute, client et observateur,  les variations individuelles quant à  l’impact des répétitions de la LT au niveau du corps, en terme de sensations et d’émotions ! Par exemple, en fonction du souvenir signal par lequel on commence la lecture de la LT dans une séance, il va se passer des choses différentes pour chacun.

​

Les ateliers comme celui de la rédaction de la ligne du temps, les vidéos de séances enregistrées avec des patients, les démonstrations pendant les formations complètent cette expérience individuelle indispensable, parce que les apports théoriques et pédagogiques seuls ne permettent pas de retranscrire précisément ce vécu singulier de chacun.

Cette dimension corporelle va guider le plan de traitement, on ne peut pas se contenter d’une application purement technique.

​

Dans les formations, la pédagogie a été beaucoup agrémentée par l’apport de la théorie polyvagale[2], notamment l’analyse qu’elle propose des réactions physiologiques chez le patient, permettant au thérapeute d’adapter la séance au fil des observations ; au final, de donner au thérapeute un levier puissant d’accordage, sans agresser le système du patient.

 

CATHERINE

Cette question est vraiment au cœur de la formation en effet. Je pense que chacune des formatrices, dont je fais partie, pense que certains protocoles vont avoir un effet, un retour rapide pour des évènements bien définis, bien délimités !

Pour autant, cette efficacité ponctuelle ne permet pas de traiter, de réparer le système du patient, son organisation intérieure, en particulier s’il vient d’un trouble de l’attachement précoce. On transmet ce message en formation !

Certaines personnes viennent en formation chercher « un truc » qu’elles vont intégrer à d’autres techniques. Cela leur permet quand même d’aider des gens ponctuellement ! D’autres personnes comprennent assez vite que LI-ICV est une approche thérapeutique, ce qui implique le temps ! Et il y a également des personnes, et on le voit aux intervisions, pour lesquelles une bascule s’opère. Dans un premier temps elles viennent chercher « un truc », mais s’aperçoivent qu’il y a plus que ça !

​

Ce que j’aimerais souligner, c’est que pour moi,  LI-ICV n’est pas un outil, LI-ICV n’existe pas sans la relation. Il y a une LT, il y a des protocoles mais les protocoles servent à guider le thérapeute, dans la façon d’avancer avec une personne singulière. C’est surtout le « comment » on l’utilise, comment on la décline au cours de la séance, comment on la transmet qui va être déterminant.

​

Et si on va plus loin, on peut dire que si un thérapeute ou le patient lui-même enregistrait la LT, que le patient écouterait ensuite chez lui, cela ne serait pas LI-ICV ! Dans nos séances, on perçoit bien comment chaque répétition est différente, le ton de voix, le rythme… et tout ce que l’on ne perçoit même pas, mais qui s’invite différemment à chaque fois.

Ce qui est thérapeutique et réparateur, c’est l’interaction de 2 systèmes complexes[3], deux humains connectés autour de la LT ; ce que ne pourrait pas permettre la lecture de la LT par une IA.

 

LI FRANCE : Ce que l’on peut comprendre, au travers de vos propos, c’est que LI-ICV n’est pas, à l’exception de l’utilisation de quelques protocoles ciblés sur des problématiques précises, une thérapie « brève » ?

 

CATHERINE

Oui et cela nous conduit, dans les formations en particulier, à être vigilantes dans notre façon de présenter les choses. Pour ma part, je ne présente jamais LI-ICV comme un outil car ça laisserait penser que je peux dégainer l’outil LT comme ça et le ranger dans ma poche jusqu’à la prochaine fois. LI-ICV n’est pas une recette qu’on applique à la lettre (NDLR en référence à l’utilisation des protocoles en LI-ICV) et paf c’est réglé !  On peut faire une séance sur un évènement précis, et obtenir des résultats rapides, ça oui en effet ! ça va vite sur un TSPT, sur quelque chose de circonscrit, de limité.

​

Avec des patients qui ont un système d’attachement désorganisé, avec des traumas complexes, cela peut prendre des années ! C’est un processus qui peut être très long, mais quand les patients sont dedans, quand ils ont compris cela, qu’ils en ressentent les effets, ça ne leur pose aucun problème. Le thérapeute peut rester intègre dans cette temporalité, la LI-ICV est une approche thérapeutique au sein de laquelle le temps est important.

​

Dans les formations, nous encourageons également vivement les thérapeutes à faire un travail personnel pour expérimenter ce qu’implique réellement l’approche LI-ICV notamment au regard de la notion du temps. Dans son propre travail, le thérapeute  va sentir de l’intérieur que ça prend du temps de se réparer.  

 

ELEONORE

En effet, et c’est ce qui peut conduire certains thérapeutes à arrêter de pratiquer LI-ICV, après avoir été formés, parce qu'ils se découragent vite. Au bout de quelques séances avec les protocoles, ils trouvent qu'il ne se passe rien !

Ils veulent du résultat rapide ! Mais c’est aussi la demande de certains clients qui veulent une thérapie brève, car l’engagement, l’impact financier notamment ne sont pas négligeables. Certaines méthodes sont vendues comme révolutionnaires, avec des résultats immédiats ! Mais la réalité est que ces méthodes sont limitées dans leurs effets ; il ne suffit pas d’identifier, avec les personnes, quelles sont les pensées alternatives pour qu’elles se mettent à penser comme ça !

​

On peut également etre confrontés à des clients qui pense que l’on va trouver la formule magique pour résoudre leurs problèmes, alors que ce problème existe depuis des années. Ce sont souvent des emprises qui se rejouent et il est important que le thérapeute puisse repérer ce fonctionnement, ce qui suppose qu’il soit bien formé et supervisé.

Le souhait d’obtenir des résultats rapides ne correspond pas à la façon dont se construit un être humain, extrêmement immature à la naissance et dépendant de l’environnement. Cela ne correspond pas non plus à la proposition thérapeutique de LI-ICV.  Les êtres humains sont des systèmes complexes*. S’il suffisait de dire « faites comme ci ou faites comme ça », ce serait magique ! Or les stratégies de protection qu'un individu développent lui sont vitales, il ne s'en départit pas comme ça. La plupart de nos patients le savent bien !

​

C’est ce que nous essayons de faire passer comme message durant les formations LI-ICV : rejoindre la vision du monde du patient, se mettre à son niveau pour ne pas secouer son système malgré lui. Le thérapeute doit  pouvoir percevoir la pertinence des stratégies de protection qui ont servi à la survie et donc, on ne va pas le bousculer comme ça, parce qu’ il y a un risque de re-traumatisation. On doit accepter qu’il y a une temporalité absolument nécessaire.

 

LAURE

Le travail de répétition des Lignes du Temps va permettre de sortir du trauma et en particulier du trauma complexe ; le trauma simple, c'est visible sur une séance ! Le trauma complexe ça prend des années. 

Je prends toujours l’exemple de Neige SINNO[4] qui parle bien de comment elle vit le trauma au quotidien : quand elle marche dans la rue, que son mari est devant elle avec son enfant, elle y pense ! Au restaurant un homme se lève et va aux toilettes avec sa petite fille, elle y pense ! c'est tout le temps là ! En fait, dans le trauma complexe le déclencheur est automatique !

​

En LI-ICV on va être très attentif à ce dont le système de la personne peut se saisir, ce que l’on appelle « la fenêtre de tolérance » parce que la répétition des LT, c'est un apprentissage pour le client! L’apprentissage de « c'est fini ! j'ai une histoire derrière moi, je ne suis plus ce petit enfant traumatisé, je suis cet adulte-là dans le présent ! »

Neige SINNO pour revenir à cet exemple, quand elle voit un homme partir avec un enfant, elle voit de l'inceste et elle redevient cette petite fille ; et donc sortir de ça, c'est vraiment pouvoir être dans le présent ! Mais cela prend du temps !

 

LI FRANCE : Comment pourriez-vous présenter votre travail, votre posture de thérapeute LI-ICV (si possible en mettant en exergue ce qui permettrait de se différencier de ce que pourrait proposer une IA) ?

 

ELEONORE

La posture du thérapeute LI-ICV est celle d’un passeur, qui est là pour montrer comment le temps a passé, de prouver au système interne du patient que « c’est fini ! » et pas la posture de celui ou celle qui doit savoir.

Le thérapeute LI-ICV va mettre à disposition, dans une posture d’ouverture, son propre système interne (son corps à travers ses ressentis, ses émotions) à ce qui se passe pour le patient dans la séance, pour faire écho à ce qu’il est en train de vivre, aller le rejoindre dans sa représentation du monde mais aussi dans sa représentation corporelle et émotionnelle. Ainsi, le patient peut faire l’expérience correctrice qu’il n’y a pas que la détresse, la souffrance dans laquelle il se trouve. Il y a aussi maintenant quelqu’un avec lequel il peut se connecter, capable de lui prendre la main et de lui dire « c’est fini, regarde ! Tu as survécu ! ». Ce n’est pas évident à expliciter car c’est quelque chose qui se vit.

​

Le thérapeute LI-ICV reste connecté à lui- même et ne va pas fusionner avec le vécu du patient, ce qui permet d’expérimenter que le vécu de ce dernier n’est pas une fatalité, qu’il peut obtenir un étayage, du soutien. Le thérapeute est là pour traverser avec lui.

​

Son rôle est d’assurer les répétitions de la Ligne du Temps, de maintenir ce cadre pour que le patient puisse se rendre compte, que si le thérapeute est là avec lui, c’est qu’il a survécu.

 

CATHERINE

Le thérapeute LI-ICV doit pouvoir oser partir à la découverte, aller à la rencontre de ce qui va se jouer dans la séance au niveau de la relation et aussi dans la façon dont le patient va l’utiliser. Cette découverte est d’abord un processus intérieur dont chacun va faire quelque chose, en fonction de lui-même. Allan N. Schore, dans son dernier ouvrage[5] présente le phénomène à la base de toute relation psychothérapeutique et dont le rôle est essentiel dans le processus de guérison : la communication inter-cerveau, c’est-à-dire celle qui s’établit entre le cerveau du patient et celui du thérapeute. C’est une approche très différente de celle qui consisterait à apporter une ou des solutions définitives comme ce que peut faire une IA.

​

La thérapie LI-CIV n’existe pas sans la relation. Il y a une LT, il y a des protocoles mais les protocoles servent de guide, non pas pour amener les patients à avoir une vision mais pour les accompagner à développer la leur.

Peggy PACE souligne que quand, en tant que thérapeute, on s’assied face à une personne, on est face à quelqu’un d’unique. C’est toute l’histoire de l’accordage, de comment on sent ce qui se passe et de comment on l’utilise au service du patient, pour qu’il puisse mieux se réguler émotionnellement, qu’il puisse remettre de la temporalité dans son histoire de vie et se dire « je suis en 2025, je peux prendre mes décisions ! » et acquérir un système « d’attachement sécure acquis »[6].

​

Les répétitions de la LT en LI-ICV, avec toute leur puissance, permettent au patient d’aller à la rencontre de son histoire sans qu’il y ait un effondrement, une décompensation.

 

LAURE

Pour ma part, je me positionne dans l’ouverture et l’accueil de l’autre inconditionnel, surtout en tout début de thérapie : je vais à la rencontre de mon patient, là où il en est à ce moment-là.

​

Le thérapeute LI-ICV est très à l’écoute de ses propres pensées, émotions, sensations. A chaque séance, c’est comme si je devenais une caisse de résonnance. C’est une expérience très sensorielle pour moi la posture de thérapeute LI-ICV ; je fais confiance à mes ressentis, dire, ne pas dire…

​

Le travail personnel que je fais m’aide considérablement. Il me semble que j’ai vraiment conscience de ce qui m’appartient, de ce qui se réveille en moi dans la relation à l’autre et de ce qui appartient à l’autre … c’est très complexe ! L’IA n’a pas d’histoire personnelle, n’a pas d’émotions… Est-ce qu’il pourrait néanmoins y avoir un travail thérapeutique ?  c’est une question encore une fois à laquelle je n’ai pas la réponse

 

 

LI FRANCE : Lors des formations, il est vivement conseillé à chaque thérapeute d’entreprendre un travail personnel en LI-ICV, ce qui est assez peu courant. Que pourriez-vous dire pour encourager les thérapeutes à faire leur propre travail personnel en LI-ICV ?

 

ELEONORE

Le thérapeute doit pouvoir repérer ce qui se passe pour lui face à ses clients. S’il y a des choses qu’il ne peut pas voir, qu’il ne peut pas entendre car lui-même est trop activé, cela va faire revivre au patient ce qu’il a déjà expérimenté avant. Par exemple, les clients hypo activés sont très difficiles à accompagner car ils vont vivre un sentiment d’impuissance importante.

​

Il faut que notre corps à nous ait fait le travail de sentir que les émotions ne sont pas dangereuses, c’est une boussole qui nous indique là où en est le patient, là où j’en suis moi- même et comment on fait à deux pour continuer à avancer, en sachant tout de même que c’est moi, thérapeute, le capitaine à bord.

​

D’un point de vue pédagogique, c’est très intéressant de transmettre ça : l’expérience du corps qui valide que les émotions ne sont pas dangereuses ! Il faut pouvoir le théoriser dans une certaine mesure pour le rendre pédagogique mais le travail personnel permet l’expérience !

 

Dans la posture de formatrice, il y a aussi la question de laisser se développer chaque thérapeute c’est-à-dire que nous ne devons pas amener les thérapeutes à devenir ce que nous voulons nous, c’est aussi ça dans le processus de formation qui est de s’approprier LI-ICV en fonction de ce que nous sommes.

​

Il y a également un enjeu de transmission des valeurs de LI-ICV qui est une approche thérapeutique au service des personnes que l’on accompagne, qui passe notamment par respecter la temporalité du patient mais également faire sa propre thérapie LI-ICV et avoir un espace de supervision. C’est ça qui est aussi le cœur de cette approche.

On voit bien là qu’on est loin de l’application mécanique d’une ligne du temps et de différents protocoles !

 

CATHERINE

Nous sommes dans une société qui demande tellement aux gens d’être efficaces, d’avoir des résultats, que même les thérapeutes sont happés là-dedans. C’est dur de lutter contre des mouvements de société où il faut du résultat, rapidement. On te parle d’outil et on oublie le temps. En formation nous encourageons en effet les professionnels en disant : « faites votre travail personnel et vous verrez ce qu’implique réellement cette approche », cela permet d’aller voir de très près cette notion du temps, dans son propre travail !

​

Je peux voir comment certains thérapeutes vont vers cette thérapie d’abord pour eux, car on le sait bien beaucoup de professionnels ont des attachements désorganisés et très blessés. Faire sa propre thérapie LI-ICV c’est, entre autre, se donner la possibilité de ressentir de l’intérieur que ça prend du temps d’aller se réparer !  

​

Par contre, lorsque des professionnels me sollicitent pour une thérapie LI-ICV, je pose de suite le cadre : même s’ils sont thérapeutes LI-ICV, je vais travailler avec eux comme des patients lambda. C’est un processus thérapeutique qui engage et l’idée ne doit pas être de pouvoir « voir » ce qu’est tel protocole ou tel autre. L’objectif est de dégager une demande personnelle qui prend le pas sur la demande professionnelle.

 

LAURE

J’ai moi-même un parcours thérapeutique très long, de plusieurs décennies. Le travail LI-ICV est une proposition d’aller visiter des endroits où on n’est peut-être jamais allés, de cette façon-là en tout cas ! Les périodes préverbales et prénatales sont impactées de l’histoire de vie de nos parents, de notre environnement et aller à cette rencontre est très spécifique. Pour ma part, ce travail personnel a été l’occasion de grands changements dans mon rapport à moi-même, aux autres, au monde… à la vie dans sa totalité !

​

Je ne peux qu’encourager nos collègues à tenter l’aventure : ils ne seront pas déçus. L’approche LI-ICV, pour moi, possède une dimension unique, supérieure à tout ce que j’ai connu jusque-là.

 

 

 

Merci encore à Catherine Clément, Eléonore Lepez et Laure Mann pour leurs perspectives éclairantes sur ces questions complexes qui convergent pour présenter LI-ICV comme une approche dont le cœur est un processus relationnel et singulier, au sein duquel, face à un thérapeute incarné par un cerveau, un corps, se re-joue tout ce que le client a intériorisé dans sa relation à soi, aux autres et au monde, pour permettre la réparation. Si l’utilisation de la LT comme d’un outil semble possible, ce n’est pas la proposition thérapeutique de LI-ICV.

​

Peut-être, au final, que la question n’est pas tant de savoir si l’IA nous ressemble ou nous ressemblera, sera un jour capable de fonctionner comme un cerveau humain, mais de définir ce que voulons-nous en faire et pourquoi ? 

 

Maryline Puyssegur, Pascale Rousvoal-Molin

 

[1] Modèles Internes Opérants = John Bowlby (1907 – 1990) psychiatre britannique, a développé le concept de modèles internes opérants (Internal working models) pour désigner les modèles mentaux que l’enfant se construit, par l’intégration des séquences interactives avec ses figures d’attachement (en particulier des réponses les plus saillantes et les plus fréquentes) dans sa mémoire procédurale.

[2] Théorie polyvagale = Développée par Stephen Porges, la théorie polyvagale est une théorie qui décrit comment le système nerveux autonome (SNA) contrôle divers processus physiologiques dans le corps.

[3] Système complexe = Un système complexe est un ensemble composé de nombreux éléments en interaction qui possèdent un comportement global lequel ne peut être facilement expliqué à partir des seules propriétés individuelles de ces éléments.

[4] Neige SINNO- Triste tigre – 2023 POL

[5] Allan N. Schore - Psychothérapie du cerveau droit – La révolution des neurosciences affectives – Dunod 2025

[6] Processus de réparation du modèle d'attachement développé initialement par la personne, notamment dans le cadre thérapeutique.  

Trépied.png
Structure de l’ADN floral

Etat de la Recherche

Epigénétique et Transmission des traumas

Focus sur un sujet passionnant de la recherche, les mécanismes qui sous-tendent la transmission intergénérationnelle des traumatismes.

Lors d’une formation LI-ICV, certains collègues s’étaient interrogés sur le traumatisme transgénérationel et les mécanismes le sous tendant. Je vous propose aujourd’hui d’éclairer (avec humilité) les liens entre épigénétique et trauma au regard des différentes prémices de recherches et des interrogations à venir.

 

L’épigénétique est définie initialement par Conrad Waddington en 1942 puis par Arthur Riggs et Robin Holliday comme un ensemble des facteurs contribuant au contrôle de l’expression des gènes par méthylation de l’ADN ou modification des composants de la chromatine.

 

En effet, l'épigénétique fait référence à des changements dans l'expression des gènes (sans pour autant modifier la séquence de l'ADN) en laissant une "empreinte" biologique durable sur le génome, ce qui peut affecter la manière dont un individu réagit à de futurs stress ou traumatismes. Ces changements peuvent être influencés par des facteurs environnementaux tels que l'alimentation, le stress, les infections et par des événements traumatiques. Depuis plusieurs années il est admis que les évènements pathogènes peuvent affecter l'expression des gènes et avoir potentiellement un impact sur la manière dont le corps réagit aux traumatismes passés. Certaines recherches suggèrent même que les expériences traumatisantes vécues par une génération peuvent avoir des effets épigénétiques qui se transmettent aux générations suivantes.

 

Mais comment les effets d’un traumatisme peuvent-t-ils se transmettre génétiquement d’une génération à une autre ?

 

Les différentes modifications et leurs conséquences biologiques :

- La méthylation de l'ADN : modification de l'expression d'un gène par l'ajout d'un groupe méthyle (CH₃) sur une base de l'ADN, généralement sur une cytosine. Ce processus empêche la transcription de certains gènes, c'est-à-dire qu'il les "éteint" (désactivation de l'expression).

Des études ont montré que des traumatismes, en particulier ceux vécus dans l'enfance (abus, négligence...), peuvent entraîner une méthylation accrue de gènes liés à la réponse au stress comme FKBP5, un gène impliqué dans la régulation des récepteurs des glucocorticoïdes (hormones du stress). Cette méthylation altère la capacité du corps à gérer le stress et peut augmenter la vulnérabilité aux troubles de l'anxiété, au syndrome de stress post-traumatique, et entrainer ainsi des risques de développer des troubles tels que des dépressions ou des troubles de l'humeur.

​

- La modification des histones : protéines qui aident à enrouler l'ADN pour le rendre plus compact et qui contrôlent l'expression des gènes. La modification des histones peut activer ou réprimer certains gènes. En effet, des évènements traumatiques peuvent entraîner des modifications dans la façon dont les histones sont modifiées, ce qui affecte là encore la manière dont les gènes sont exprimés et en particulier ceux liés à la réponse au stress et à la régulation des émotions.

​

- Les ARN non codants : régulation de l'expression des gènes. Des recherches ont suggéré que les traumatismes pourraient influencer l'expression de certains microARNs, qui à leur tour régulent des gènes impliqués dans la gestion du stress, les réponses inflammatoires et la plasticité neuronale.

 

​

​

 

 

 

 

 

 

Si les traumatismes peuvent s’inscrire au cœur de nos cellules, quels pourraient être leurs impacts psychologiques, cognitifs, comportementaux ?

​

Ces modifications (d’autant plus lorsque les traumas sont précoces et particulièrement violents). peuvent aussi avoir un impact sur la mémoire et les capacités cognitives avec une influence sur la plasticité cérébrale, pouvant ainsi affecter la capacité à se remettre d'un traumatisme avec des répercussions sur la mémoire (hippocampe), la prise de décision et les capacités d'apprentissage. Sans compter le dysfonctionnement du système immunitaire (maladies inflammatoires ou auto-immunes).

​

L'une des découvertes les plus fascinantes de la recherche épigénétique est la possibilité d’une transmission de traits acquis d’une génération à l’autre, concept soutenu aujourd’hui par des données épidémiologiques. Ce phénomène, connu sous le nom de transmission transgénérationnelle, pourrait expliquer pourquoi certaines personnes semblent être plus vulnérables au stress ou aux traumatismes, même si elles n'ont pas vécu d'événements traumatiques directs.

​

Il est cependant important de distinguer la transmission qui se fait au travers de l’exposition comportementale (modifications dans les cellules neuronales) de la transmission qui se fait au travers des cellules germinales (modifications épigénétiques). C'est cette dernière transmission qui permet le passage de certains traits sur plusieurs générations sans que les différentes progénitures ne soient re-exposées à un comportement délétère ou inadéquat.

​

Il a par exemple été établi une association entre la survenue d'un état de stress post-traumatique chez les enfants survivants de la Shoah et la présence d'un TSPT parental. La transmission transgénérationnelle s'expliquant par un dysfonctionnement de l'axe Hypothalamo–Hypophyso-Surrénalien (HHS) avec une mise en évidence d'anomalies épigénétiques du gène du récepteur des glucocorticoïdes NR3C1 et du gène FK impliqués justement dans le bon fonctionnement de l'axe HHS, et qui pourraient expliquer une vulnérabilité au stress. D'autres mécanismes ont été incriminés dans cette transmission transgénérationnelle du traumatisme (regard multidimensionnel environnemental) comme la désorganisation de l'attachement, l'absence de communication verbale informative, la parentification et l'absence ou l'insuffisance de stratégie d'adaptation réparatrice.

Ces avancées épigénétiques permettent aussi de mieux comprendre les conséquences à long terme du traumatisme chez les enfants des victimes d'attentats, de la bombe atomique, de guerre, mais aussi d'autres génocides comme ceux qui ont eu lieu en Arménie, au Cambodge, en Bosnie et au Rwanda.

 

Une fatalité ?

Une méta analyse a montré que l'application de certaines approches thérapeutiques amène à des modifications des inscriptions laissées par le stress sur l’ADN qui peuvent ainsi être inversées (réversibilité). Une approche médicamenteuse (action de la fluoxétine) et des études à venir dans l’utilisation des psychotropes semblent aussi prometteuses.​

En clinique des observations empiriques ont montré des effets d'un « retraitement » d'un membre de la famille sur les comportements et symptômes d'autres membres de la famille.

Notons également que l’humanité a appris à gérer les effets des traumatismes, qu’ils soient hérités ou non. La résilience serait aussi un trait dominant « autrement, nous ne serions pas là » selon Moshe Szyf.

Mais certains scientifiques ne sont pas convaincus par les preuves mises en avant jusqu’ici.

Des recherches supplémentaires sont encore nécessaires pour mieux comprendre ces mécanismes.

 

​

Déborah Hamel

​

​

Pour en savoir plus :

Lemétayer, F., Trousselard, M., Tarquinio, C,. (2024). Epigénétique et santé psychologique : Fondements, processus et thérapies. Grand livre Broché. Paris.

​

Mansuy, I.M., Gurret J-M, & Lelief-Delcours A,. (2019). Reprenez le contrôle de vos gènes. Paris.

McCreary, J. K., Erickson, Z. T., Hao, Y., Ilnytskyy, Y., Kovalchuk, I., & Metz, G. A. (2016). Environmental intervention as a therapy for adverse programming by ancestral stress. Scientific reports, 6(1), 37814.

​

Benarous, X., Cohen, D,. (2019). Corps & Psychisme, - shs.cairn.info

​

Yehuda, R., Halligan, SL., Grossman, R., (2001). Childhood trauma and risk for PTSD : relationship to intergenerational effects of trauma, parental PTSD, and cortisol excretion. Dev Psychopathol

​

Zammateo, N. & Botman, M. (2019). Le psychotraumatisme s'inscrit dans l'ADN. Journal Européen du trauma et de la dissociation

​

Que nous apprennent les enfants des survivants de la shoah sur la transmission transgénérationnelle du traumatisme? European Journal of Trauma & Dissociation. Volume 6, Issue 1 (2022)

Image1.png

Culture LI-ICV

Autour de LI-ICV

Pour vous tenir au courant de l'actualité de LI-ICV ou bien chercher des idées de films, de podcasts, de lecture en lien avec la culture LI-ICV, c'est par ici. . 

Escaliers en colimaçon

​Podcasts

​

Protéger son enfant des violences sexuelles de Joanna Smith - En libre écoute sur toutes les plateformes audio (Ausha, Spotify, Apple, etc.). Joanna aborde ici les profils à repérer, les situations à risques et les modes opératoires, afin de protéger efficacement l'enfant des violences sexuelles. A connaitre pour diffuser auprès des patients. 

​

Comment prendre soin de ceux qui prennent soin, Interview en janvier 2024 de Pascale Brillon par Charles Pépin, dans l'émission Sous le soleil de Platon, de France Inter. 

On espère que le métier de soignant nourrit, puisse exalter et donner un sens à nos existences. Mais quand on est soignant, il peut arriver qu’à un moment donné, on glisse de l'empathie à la sympathie, comme l’explique Pascale Brillon. Grande psychologue québécoise et spécialiste de la fatigue de compassion, elle nous confie ici ses stratégies d'auto-soin, pour continuer à prendre soin des autres. 

​​​​

In Utero, un podcast de Zoé Varier qui raconte comment nous sommes tous passés d'une cellule à des millions de milliards de cellules et comment nous avons connu l'origine de la vie. A écouter pour enrichir vos PB prénataux et vos PEC. 

​​

​

​​Livres

​

​Quand on tombe amoureux, on se relève attaché, Boris Cyrulnik. 

De l'importance du récit de notre vie dans la construction des liens amoureux, entre une possible réactivation de nos blessures d'attachement et une opportunité réparatrice. 

​

Mon vrai nom est Elisabeth, Adèle Yon. 

À travers la voix de la narratrice, les archives et les entretiens, se déploient différentes histoires, celles du poids de l'hérédité, des violences faites aux femmes, de la psychiatrie du XXe siècle, d'une famille nombreuse et bourgeoise renfermant son lot de secrets.

​

Goupil ou Face, Lou Lubie

Lou souffre de cyclothymie, sous la forme d'un petit renard. Que faire quand on découvre un étrange animal dans son cerveau ? Peut-on l'apprivoiser, le dompter ? Une jolie BD pour aborder la vie avec cette maladie. ​

​

Yéti, le pouvoir du paenkor, Marina Gioti

Livre pour les enfants sur la persévérance et la confiance en soi. ou comment comprendre qu'échouer n’est pas une fin en soi, mais une étape vers la réussite.

​​

​

Vidéos

​

Le pas retrouvé, une vidéo émouvante où l'on entend les patients de Dominique Joaüs, psychologue clinicienne au CMP de Belleville, nous raconter l'impact de la thérapie LI-ICV sur leur vie et celle de la médiation équine lors d'un séjour immersif de leur parcours de soin.

​

​

Evénements à noter dans vos agendas

​

"Adapter la thérapie LI-ICV à la diversité clinique : récits de terrain", Journée Clinique LI France, 31 janvier 2026 date à confirmer selon disponibilité de la salle, Bordeaux. 

Si vous souhaitez donner votre avis sur les thèmes que vous aimeriez voir aborder ou que vous êtes intéressé à participer en étant intervenant, c'est avant le 02.10 en cliquant ici. 

​

Emprise, Harcèlement et Dissociation, 11 octobre 2025, Journée AFTD et EPP, à Paris et en distanciel.

Pour lire le programme et s'inscrire, c'est par ici.

​

Inceste et Dissociation, 20 et 21 Mars 2026, Journée AFTD, à Paris et en distanciel.

Pour lire le programme et s'inscrire, c'est par ici.

​

​

Déborah Hamel, Laurence Lassau-Caussanel, Maryline Puyssegur, Pascale Rousvoal Molin​​​​

Pour recevoir vos commentaires, idées de thématique ou toute autre information, 

Adhérer à LI France

S'abonner à LI France

  • Facebook

Suivez-nous

  • Linkedin
  • Facebook

Association LI-France

111 chemin de maisonnave

40990 HERM.

Restez informé, abonnez-vous à notre newsletter

Merci de vous être abonné !

bottom of page